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ED95 : un biocarburant au format « poids-lourd »

15 novembre 2016

Autorisé en France depuis le 19 janvier 2016, le biocarburant ED95 représente une avancée importante pour la réduction des émissions de CO2 dans les transports, permettant à des camions, bus et autocars de rouler avec un carburant qui contient jusqu’à 95 % de bioéthanol. Constructeur pionnier sur cette technologie, le suédois Scania vient de lancer la première gamme de poids-lourds ED95 du marché français.

 

L’ED95 est un carburant constitué de 95 % de bioéthanol et de 5 % d’additif non pétrolier, appelé « Masterbatch », qui joue un rôle dans l’allumage et la lubrification du moteur. Ainsi que l’explique Gilles Baustert, directeur Marketing et Communication de Scania France, « il existe une analogie avec la technologie diesel dans la mesure où le moteur ED95 procède lui aussi d’un allumage par compression, à la différence du moteur essence dont l’allumage est commandé par des bougies. »

 

Une solution pour « décarboner » les transports

 

À l’heure où les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’amélioration de la qualité de l’air imposent de libérer les transports routiers du « tout diesel », le ED95 représente une alternative intéressante sur tous les plans. Comparé aux carburants d’origine fossile, et en fonction des matières premières et techniques de fabrication utilisées, il permet de réduire de 50 % à 90 % les émissions de CO2 sur l’ensemble de son cycle de production et d’utilisation, autrement dit « du champ à la roue ».

 

En outre, il n’émet pas ou peu de polluants, tels que le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d’azote (NOX) ou le méthane (CH4), et il réduit de plus de 70 % les émissions de particules fines en nombre (PM) par rapport au gazole. « Le bioéthanol ED95 a et conservera une avance incontestable sur tous les autres carburants concernant la réduction des émissions de CO2 qui, de fait, restent l’enjeu central », précise Gilles Baustert.

 

Enfin, l’ED95 présente l’avantage d’être compétitif, notamment par rapport au gaz qui nécessite des process industriels, de distribution et de stockage plus contraignants. Sans oublier certaines qualités appréciables : il ne gèle pas, ne s’évapore pas, son stockage est sans danger particulier.

 

Un carburant de référence en Suède

 

Réservé à des flottes professionnelles ayant leur propre dispositif de stockage de carburants, l’ED95 est désormais autorisé en France, bien après les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Norvège…) et, plus récemment, à l’image de l’Espagne ou de l’Allemagne. Cette décision a permis à Scania de lancer sur le marché français sa technologie ED95 avec un premier moteur 6 cylindres de 280 chevaux pouvant équiper des cabines de camions (gamme G 280), mais aussi des autobus et autocars pour les réseaux urbains et interurbains. « En attendant l’arrivée, fin 2017, d’un moteur de 13 litres de cylindrée délivrant environ 400 chevaux destiné à des véhicules plus puissants, adaptés aux longues distances », annonce Gilles Baustert.

 

Pionnier dans ce domaine, le constructeur suédois est, à l’heure actuelle, le seul à proposer des modèles ED95 en Europe. Son expérience est étroitement liée à la dynamique initiée par les Pouvoirs publics en Suède, à la fin des années 1990. C’est à cette époque que le comté de Stockholm lance son programme Clean Vehicle (« véhicule propre ») qui vise à remplacer le parc de véhicules publics, municipaux et privés (entreprises, particuliers) par des véhicules utilisant des énergies propres, dont le bioéthanol.

 

Dès 2001, la Municipalité commence à équiper ses agents de voitures Flex Fuel, alimentées au Superéthanol E85, et a renouveler son parc d’autobus. Aujourd’hui, les 950 bus du réseau de l’agglomération utilisent des carburants renouvelables, principalement du bioéthanol, mais aussi du biodiesel et du biogaz. Ce qui, selon les estimations des autorités locales, équivaut chaque année à 40 000 voitures qui rouleraient sans émettre de CO2. Et la dynamique s’étend au niveau national, comme l’explique Gilles Baustert : « plus de 600 bus roulent désormais au ED95 dans les villes et sur les routes de Suède, contribuant à faire du bioéthanol le premier carburant alternatif au diesel dans les transports collectifs. »

 

S’inspirant de l’exemple suédois, des municipalités françaises mettent à profit l’autorisation de la mise à la consommation de l’E95 pour se pencher sur cette solution qui répond aux enjeux de réduction des gaz à effet de serre et de qualité de l’air en zone urbaine. Ainsi les villes de Saint-Quentin (Aine), Reims (Marne) ou Angers (Maine-et-Loire) ont d’ores et déjà engagé des phases d’essai avec des bus et autocars Scania roulant à l’ED95. Une expérimentation à suivre… Et une nouvelle voie à ouvrir sur les routes de France.