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Le bioéthanol : enjeux géostratégiques et implications au quotidien

6 février 2012

 

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Initiées en 2010 par le Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA), les Rencontres du bioéthanol sont un rendez-vous important destiné à favoriser les échanges entre décideurs institutionnels, experts issus de différentes disciplines et professionnels de la filière bioéthanol.

 

 

La seconde édition, qui s’est déroulée le 16 novembre 2011, a été l’occasion d’apporter un éclairage approfondi sur un thème central du débat actuel sur la place des énergies renouvelables dans l’avenir du pays. Synthèse et état des lieux.
« Le bioéthanol : quels enjeux géostratégiques pour quelles implications au quotidien ? » Le thème proposé par les deuxièmes Rencontres du bioéthanol a été l’occasion de rassembler un prestigieux plateau d’intervenants (voir encadré ci-contre) qui ont répondu à l’invitation conjointe de Bruno Hot, président du SNPAA, et de Stéphane Demilly, député de la Somme et président du Groupe de travail sur les biocarburants de l’Assemblée nationale.

 

Première Partie : Le bioéthanol à l’heure des enjeux géostratégiques mondiaux

La question de l’évolution à court et long termes du « mix énergétique » au niveau mondial était au cœur des débats. Professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP), Patrice Geoffron a rappelé que les États et les acteurs du secteur doivent désormais prendre en compte et tirer les enseignements de trois éléments récents et déterminants.

 

L’accident nucléaire de Fukushima. Si cet événement confirme la nécessité d’encourager la montée en puissance des énergies renouvelables dans les bouquets énergétiques, celle-ci ne pourra se baser uniquement sur les énergies renouvelables intermittentes, telles que le solaire et l’éolien. Une transformation efficace des mixes énergétiques impose donc, selon ce spécialiste, « d’accorder la bonne place aux biocarburants », car ceux-ci sont produits à partir de ressources disponibles en permanence. Encore faut-il que, pour se développer, les énergies vertes bénéficient d’un soutien et d’un accompagnement à la hauteur des enjeux. Ainsi, en 2010, ce soutien atteignait, au niveau mondial, à peine 66 milliards de dollars… contre 400 milliards pour les énergies fossiles. Aujourd’hui, toujours au niveau monde, 50 % des investissements en recherche et développement sont orientés vers le solaire contre 15 % pour les biocarburants. Ces deux chiffres illustrent à eux seuls le chemin qui reste à parcourir pour renforcer la part des carburants renouvelables et durables dans le bouquet énergétique.

 

Les « Printemps arabes ». Les bouleversements en cascade qui ont secoué – et continuent de traverser – le Proche Orient rappellent combien « le monde du pétrole est un monde extrêmement géopolitique » et que « tout ce qui peut conduire à réduire nos importations d’énergies fossiles concourt positivement à notre sécurité énergétique. » De plus le marché pétrolier va rester sous une très grande tension en raison de l’accroissement de la demande portée par le développement de la Chine et de l’Inde. À titre d’exemple, le nombre de voitures en circulation en Chine va bondir de 30 unités pour 1 000 personnes aujourd’hui à 300 unités en 2050… Avec pour conséquence une hausse de la demande de biocarburants qui va s’exercer dans toutes les régions, et cela dans des proportions sans commune mesure avec le marché actuel. Ainsi que le souligne Patrice Geoffron, « L’accroissement de la filière biocarburants entre 2010 et 2035 est équivalent à la capacité d’accroissement de l’Arabie Saoudite. Le potentiel des biocarburants est donc équivalent à celui d’un acteur majeur de la scène pétrolière à cet horizon. »

 

La crise de la zone Euro. Cet événement a introduit deux éléments structurants dans le débat sur la transformation du système énergétique, tout particulièrement en France, où cette question occupera toute sa place dans le cadre de l’élection présidentielle de mai 2012. La crise a mis l’accent, d’une part, sur les conséquences de la désindustrialisation française et, d’autre part, sur la disponibilité de l’argent public. Parallèlement, les statistiques de l’Agence internationale de l’énergie (AIE, émanation de l’OCDE) montrent que la biomasse est, et restera, la première source d’énergie renouvelable, très loin au-dessus de l’hydro-électricité et des autres énergies renouvelables. « Or, au niveau des échanges mondiaux, on observe dans ce domaine des flux peu favorables à l’Europe : c’est un constat qui appelle réflexion, sinon correction », commente Patrice Geoffron qui souligne, à nouveau, la nécessité d’orienter les efforts de recherche et développement vers les filières de la biomasse qui permettront d’opérer la transition entre les biocarburants de première génération et ceux de deuxième et troisième générations. Un objectif qui requiert des investissement industriels lourds mais porteurs au regard d’un autre enjeu majeur : la capacité à créer des emplois et à localiser durablement ces emplois sur le territoire français.

 

À suivre…

 

2e partie : « L’impact du bioéthanol dans la vie quotidienne des Français »

2èmes Rencontres du Bioéthanol : les participants

Placées sous le Haut Patronage de Stéphane Demilly, député de la Somme et président du Groupe de travail sur les biocarburants de l’Assemblée nationale, en présence de Jean-Marc Bournigal, directeur de Cabinet du ministre de l’Agriculture, la seconde édition des Rencontres du bioéthanol a rassemblé des experts et décideurs issus de différents horizons :

• Stéphane Demilly, député de la Somme
• Bruno Hot, président du SNPAA
• Charles de Courson, député de la Marne, vice-président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale
• Alfred Trassy-Paillogues, député de Seine-maritime, président du Groupe d’études sur l’Automobile de l’Assemblée nationale
• Luc Guyau, président du Conseil de la FAO
• Yves Lemaire, Direction générale de l’Énergie et du Climat
• Etienne Mercier, Institut PSOS
• Pierre Siquier, Fondation pour la Nature et l’Homme
• Jacques Biton, Déinove
• Jean Cadu, Shell
• Bernard Chaud, SNPAA
• Nicolas Jeuland, IFP Énergies nouvelles
• Eric Lainé, CGB
• Olivier Macé, BP
• François Maire, PSA Peugeot Citroën
• Frédéric Martel, Procéthol 2G
• Alfred Soto, Distridyn
• Georges Vermeersch, Esterifrance
• François Monath, 40 Millions d’automobilistes

 

En savoir +

  • Sur les 2èmes Rencontres du bioéthanol : retrouvez tous les podcasts des intervenants dans l’onglet Vidéo
  • Sur le Centre de Géopolitique de l’Énergie et des Matières Premières (CGEMP) rattaché au Laboratoire d’Économie de l’Université Paris-Dauphine : http://www.cgemp.dauphine.fr
  • Sur l’action et les positions de la FAO dans le domaine des bioénergies : http://www.fao.org/bioenergy/fr/

 

 

Alimentation et énergie :

Le point de vue de Luc Guyau, président du Conseil de la FAO*

« Avant la période industrielle, les Hommes ont eu l’énergie bois, et ils ont utilisé l’énergie agricole dans les exploitations : ce n’est donc pas anormal que les agriculteurs produisent de l’énergie ! Toute la difficulté est de savoir où se situe la limite de la concurrence ou du déséquilibre potentiel entre les deux destinations : alimentaire et énergétique. A ce sujet, la position de la FAO est ouverte. On ne va pas décréter qu’il faut interdire les biocarburants pour nourrir le monde. La question se pose en d’autres termes : comment maîtriser les spéculations ? Comment éviter les concurrences fiscales et de soutien entre les biens produits pour l’alimentation et pour l’énergie ? En outre, les bioénergies peuvent jouer un rôle dans le développement de certains pays. Par exemple certains mécanismes de production d’énergie à partir de l’agriculture peuvent être une façon d’économiser du déboisement, donc de sécuriser l’avenir d’un pays. J’y vois là un message d’espoir à développer… »
* Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture