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Nouveau Paradigme pour les Biocarburants, quel avenir pour le Bioéthanol ?

7 mai 2014

Semis de betteraves à sucre

 

 

 

 

 

« Les biocarburants mobiliseraient de 50 à 100 millions d’hectares. Or, nous avons 1 milliard d’hectares de disponible »

 

 Hervé Lejeune, Ancien directeur à la FAO

 

 

 

 Semis de betteraves à sucre

 

ZoomLes 3èmes Rencontres du Bioéthanol

La Collective du Bioéthanol a organisé en Novembre dernier, les Troisièmes Rencontres du Bioéthanol. Réunissant les principaux acteurs de la filière (industriels, économistes, chercheurs, pétroliers, pouvoirs publics, cabinets d’études, sondeurs d’opinion…), cette matinée d’échanges a permis de dresser un panorama général sur l’évolution des enjeux et des perceptions associés aux biocarburants et au bioéthanol produit en France. L’article reprend les idées clés qui ont émergé au cours des deux séquences thématiques composant cette matinée.

> Retrouvez les interviews des participants à ces Rencontres dans la partie Vidéo

Plateau n°1 – « Impact du bioéthanol sur le climat et l’alimentation : quelles certitudes ? »

Alexandre Gohin, INRA
Kristell Guizouarn, Sofiprotéol
Carlo Hamelinck, Ecofys
Bruno Hot, Président du SNPAA
Eric Lainé, Président de la CGB
Hervé Lejeune, ancien directeur à la FAO

Plateau n°2 – « Quel avenir pour le bioéthanol, quelle contribution à l’économie ? »

Xavier Astolfi, Cristal Union
Gérard Belot, G. Belot Consulting
Erick Briet, Delek France, stations-service BP
Charles de Courson, Député de la Marne, Secrétaire de la Commission des Finances
Emmanuel Desplechin, ePure  (association européenne des industriels producteurs de bioéthanol)
Pierre Porot, IFPen
Claude Roy, Club des bio-économistes

 

 

LienUtile

    Pour aller plus loin

 

Panorama général sur l’évolution des enjeux et des perceptions associés aux biocarburants et au bioéthanol produit en France.

 

« Les biocarburants ont été présentés au début de leur déploiement comme la solution miracle à la fin du tout pétrole puis, dans un mouvement de balancier, ont été voués aux gémonies ». Aujourd’hui, c’est « le retour à un juste milieu, le retour à un paradigme de raison et non plus de passion. »

 

Voici comment, en quelques mots, Stéphane Demilly, député de la Somme et président du groupe d’études sur les biocarburants à l’Assemblée nationale, résume vingt années de déploiement des biocarburants.

 

Des signes concrets montrent en effet que le débat semble désormais déserter les positions extrêmes pour se placer davantage sur le terrain de la raison. Ainsi, alors que la Commission européenne a tenté d’imposer une limite basse à l’incorporation du bioéthanol, le Parlement Européen, le 11 septembre dernier, a relevé ce niveau et a repoussé les mesures prenant en compte d’éventuels effets indirects sur l’utilisation de sols dans le monde préférant attendre d’avoir en sa possession des études plus approfondies en la matière. Il n’a pas donné non plus de mandat au rapporteur du texte pour négocier avec le Conseil européen, ce qui devrait donner du temps pour l’examen des faits, au regard des nouvelles études, comme le souligne Emmanuel Desplechin (ePURE).

 

L’intégration insuffisante de la progression des rendements a conduit à surestimer les effets indirects.

 

D’une façon générale, on sent que les positions sont désormais plus nuancées et que le débat se rééquilibre. « Par exemple, le manque de maturité et de robustesse des données scientifiques et statistiques actuellement disponibles sur la question des changements indirects des sols (CASI/ILUC) est de plus en plus reconnu », explique Bruno Hot, président du SNPAA.

 

Preuve de cette réorientation des positions autour des biocarburants, le monde des chercheurs et des scientifiques s’est auto-saisi afin de s’assurer de la pertinence des modèles utilisés. C’est notamment le sens du travail conduit par Alexandre Gohin, chercheur à l’INRA . « En tant que modélisateur, j’ai effectivement souhaité reprendre et étudier le modèle utilisé en Californie car c’est lui qui a principalement servi à justifier la position de la Commission européenne », précise-t-il. « Or, il s’avère, quand on regarde la réalité et toute l’histoire de l’agriculture, que l’on a réussi, grâce aux progrès techniques, à augmenter les rendements et très peu les surfaces » pour produire plus face à des demandes nouvelles, ajoute cet expert.

 

Ainsi, pour 100 de production supplémentaire, on est sur un ratio d’environ 37/63 : 37% pour les nouvelles surfaces et 63% pour l’augmentation des rendements. Un ratio inversé par rapport à celui du modèle utilisé jusqu’à présent par la Commission européenne qui suppose une part de 80% pour les augmentations de surfaces et de seulement 20% pour les augmentations de rendements et qui surestime ainsi d’un  facteur 5 les émissions CASI du principal biocarburant produit et consommé en Europe.

 

Revoir les chiffres erronés qui circulent sur l’impact des biocarburants sur les prix alimentaires, sur les surfaces mobilisées et sur la valorisation des soutiens,  pour dépassionner le débat.

 

A l’instar des scientifiques, les économistes ont également reconsidéré les chiffres souvent erronés qui circulent sur les biocarburants. Kristell Guizouarn (Sofiprotéol) lance un appel à la Commission Européenne, pour lancer des études sur les conséquences sur l’environnement, l’emploi, la disponibilité d’aliments pour les animaux et l’indépendance énergétique qu’auraient une réduction voire un arrêt de la production de biocarburants qui seraient remplacés par des carburants fossiles.

 

Plusieurs nouvelles études publiées par le cabinet d’expertise Ecofys ont « permis de réviser fortement à la baisse les estimations de certaines ONG ou organismes – comme ActionAid ou Global Subsidy Institute – sur l’accaparement des terres  mais aussi de constater que le lien entre biocarburants et volatilité du prix des matières premières alimentaires est très faible  ou encore d’apprécier plus justement le montant réel des subventions versées aux biocarburants européens  », commente Carlo Hamelinck, consultant chez Ecofys.

 

1 milliard d’hectares de terres disponibles : pas de concurrence significative entre biocarburants et alimentation.

 

Autre manifestation de ces certitudes qui commencent à se lézarder à de nombreux niveaux, la Banque Mondiale reconnaît à présent que les biocarburants ont un effet minime sur l’évolution des prix des matières premières, alors qu’elle affirmait le contraire en 2008. Quant à la FAO, elle indique même que leur impact est impossible à calculer. Une étude conduite en juillet 2013 sur 34 pays montre que la mise en culture de nouvelles terres pour les biocarburants s’est accompagnée de la création de 20 millions d’hectares de surfaces supplémentaires consacrées à l’alimentation humaine et animale. « On aura toujours suffisamment de terres même si les biocarburants se développent. Si on se réfère aux chiffres de la Fondation Nicolas Hulot, au niveau mondial, les biocarburants mobiliseraient de 50 à 100 millions d’hectares. Or, nous avons 1 milliard d’hectares de disponible », précise Hervé Lejeune (ancien directeur à la FAO).

 

Rappelons que, d’après FranceAgriMer, la surface brute mondiale dédiée aux biocarburants représente 0,91 % de la SAU. Elle tombe à 0,61 % si on déduit les coproduits qui retournent à l’alimentation animale. Pour le bioéthanol, « en France, on est à moins de 3 % de la surface consacrée aux céréales et aux betteraves. Cette proportion se réduit de moitié si l’on prend en compte les coproduits (pulpes de betteraves, drêches de céréales) issus de la production de bioéthanol qui sont valorisés pour l’alimentation animale, détaille Eric Lainé, Président de la CGB. De plus, les surfaces utilisées pour l’éthanol correspondent pour l’essentiel aux anciennes jachères et aux surfaces libérées par la réforme du sucre de 2006.
 

Les sondages confirment le soutien des Français au développement de la filière Bioéthanol.

 

Ces constats vont tout à fait dans le sens des attentes exprimées par les Français. Les résultats du dernier baromètre IPSOS « Les Français et le bioéthanol », réalisé en octobre 2013, confirment leur soutien au développement du bioéthanol et à la poursuite du déploiement des stations en SP95-E10 et Superéthanol E85. Leurs motivations sont à la fois économiques, environnementales et sociétales.

 

84 % d’entre eux sont prêts à utiliser des biocarburants dans leur véhicule afin de lutter contre le réchauffement climatique tout en étant sensibles aux arguments économiques. Pour 75 %, le développement du bioéthanol doit constituer une priorité pour la France en matière d’environnement.

 

Enfin, 79 % des Français estiment que ces carburants plus écologiques que sont le SP95-E10 et le Superéthanol E85 devraient être moins taxés afin d’encourager leur consommation. Autant de signaux forts envoyés par les consommateurs aux instances de décision françaises et européennes.

 

Pour en savoir plus : voir le communiqué de presse et la présentation Ipsos

 

La nécessité d’un cadre fiscal et réglementaire cohérent et non discriminatoire pour le bioéthanol.

 

Si les positions semblent bouger à l’échelle européenne, elles doivent aussi le faire en France. Cela passera nécessairement par une fiscalité sur le bioéthanol cohérente et non discriminatoire et ce, dès l’adoption de la loi de Finances 2014. Les règlementations européenne et française reconnaissent déjà que les émissions de carbone des biocarburants, lors de la combustion, doivent être considérées comme nulles puisque ce carbone a été prélevé dans l’air par les plantes et qu’il n’augmente pas l’effet de serre  » C’est pourquoi le carbone venant de la biomasse, dont sont issus les biocarburants, doit être exclu de l’assiette de la contribution climat énergie », précise Bruno Hot, sachant que les consommations d’énergies fossiles du cycle de production des biocarburants seraient déjà taxées ou règlementées en amont.

 

En plus d’une cohérence fiscale, les industriels ont également besoin d’un cadre réglementaire et commercial stable. Or, depuis 2007, ils ont subi beaucoup d’incohérences : émergence de la notion de facteur  d’émission provenant d’éventuelles changements d’affectation indirects des sols (CASI/ILUC), forte concurrence des produits importés en dumping, ne supportant pas les mêmes règles que les productions européennes, contournant les droits de douane ou bénéficiant de droits nuls dans le cadre d’accords internationaux européens… Pour la fiscalité des différents carburants,  « Les anglais taxent à la parité énergétique, la seule position intelligente », explique Charles de Courson, Député de la Marne et Secrétaire de la Commission des Finances

 

Restaurer la confiance des opérateurs sur le marché à l’horizon 2030.

 

Cette cohérence de long terme dans l’action publique française et européenne est nécessaire, d’autant que la première génération de biocarburants est elle-même indispensable au développement de la seconde génération, dont elle est le prolongement. « Malgré la discontinuité fiscale et réglementaire non prévisible que nous connaissons, le groupe agro-industriel Cristal Union s’est engagé – en s’endettant – dans le montage d’un projet industriel ambitieux pour préparer le bioéthanol de demain autour de la transformation des betteraves et des céréales (300 millions d’euros investis), explique Xavier Astolfi (Cristal Union).

 

Pour la deuxième génération, les technologies sont quasi matures, la compétitivité est à portée de main « mais la courbe d’apprentissage industriel reste à faire, ce qui représente un risque pour les industriels et les investisseurs », précise Pierre Porot. « En France et en Europe, on est en train de brider notre avance technologique en raison d’une incertitude délétère alors que le bioéthanol représente un moteur de croissance pour un futur proche », confirme-t-il. Dès maintenant, le bioéthanol peut en effet se prévaloir d’impacts positifs sur l’économie française : « 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel, 1 million de TEP produites et 10 000 emplois 100 % « made in France », résume Claude Roy (Club des bio-économistes). Et les distributeurs de carburants ont joué le jeu, comme le confirme Erick Briet pour Delek France, dont les stations sous enseigne BP ont été parmi les leaders dans la mise en place des carburants superéthanol E85 et SP95-E10. De même Gérard Belot, spécialiste des moteurs et des carburants, confirme la prise en compte des carburants contenant de l’éthanol par les grands constructeurs mondiaux, tels que PSA et Ford, via notamment le développement du flex-fuel, qu’il considère comme l’aboutissement du moteur essence à combustion interne.

 

Pour des biocarburants respectueux des hommes, des territoires et de l’environnement.

 

« Les raisons qui ont conduit à l’adoption du paquet énergie-climat par la Commission européenne sont plus que jamais d’actualité : sécurité énergétique et moindre dépendance face aux produits importés, lutte contre le changement climatique, réduction des gaz à effet de serre, développement économique et rural », souligne Emmanuel Desplechin (ePure).

 

Sur ce socle d’enjeux reconnus et partagés par tous, les biocarburants devraient être désormais considérés pour ce qu’ils sont : un élément du bouquet énergétique français, une alternative au pétrole, une source d’énergie renouvelable, immédiatement disponible et mobilisable. « Si nous parvenons à un paradigme de raison pour les biocarburants, en voici les implications : mettre de la cohérence dans l’action publique et ne pas soumettre le bioéthanol à une fiscalité plus lourde à terme que celle pesant sur les carburants fossiles ; assurer un cadre réglementaire fiable et compréhensible, favorable aux investissements et à un développement serein de la seconde génération.

 

Enfin, entreprendre à l’intention des citoyens et des consommateurs un travail d’information, de pédagogie et de sensibilisation sur les biocarburants SP95-E10 et Superéthanol E85″, conclut Stéphane Demilly.