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Leader en Europe, la France du bioéthanol fonde ses performances sur une filière solidement structurée, où les synergies agro-industrielles et les investissements engagés depuis dix ans offrent à notre pays la capacité d’accentuer son avance. Tant en termes de compétitivité et d’autonomie énergétique que de réponse aux enjeux climatiques.

 

La France est le premier fabricant européen d’alcool agricole. Avec environ 25 % des volumes produits chaque année au sein de l’Union européenne, elle se positionne loin devant l’Allemagne (16 %) et le Royaume-Uni (13 %).1 Sur les 17 millions d’hectolitres (Mhl) sortis des 15 distilleries de France métropolitaine en 2017, les deux tiers (11 Mhl) sont utilisés comme bioéthanol destiné à la carburation automobile. Entièrement produits à partir de betteraves et de céréales cultivées en France, ces volumes suffisent à couvrir la totalité des besoins du marché intérieur où le bioéthanol est incorporé à l’essence en différents proportions : jusqu’à 5 % dans les essences « standard » (SP95, SP98), jusqu’à 10 % dans le SP95-E10 et jusqu’à 85 % dans le superéthanol E85.

 

Une filière en ordre de marche

 

Le bioéthanol français puise sa force dans une vision stratégique partagée par l’ensemble de ses acteurs, agriculteurs et industriels en tête. De longue date, ils ont su constituer une filière structurée et performante, capable de tirer parti des avancées agricoles et des capacités de l’outil de distillation.

 

Côté ressources, le secteur bénéficie notamment de l’amélioration de la richesse en sucre des betteraves et de la progression des rendements betteraviers à l’hectare, qui ont été multipliés par deux en 50 ans et qui continuent à croître de +1 % par an. Ainsi, un hectare de betteraves sucrières cultivées en France produit aujourd’hui 9 000 litres d’éthanol – soit 4,6 tonnes équivalent pétrole (teq) – contre 5 000 à 8 000 litres en conditions optimales pour 1 ha de canne à sucre.

 

Côté transformation, les acteurs de la filière ont consentis d’importants investissements afin de répondre aux objectifs nationaux et européens d’incorporation des biocarburants d’origine renouvelable dans les transports. Entre 2005 et 2010, plus d’un milliard d’euros ont été consacrés à l’augmentation des capacités de production ainsi qu’à l’amélioration de l’efficience énergétique et du bilan CO2 des distilleries. Cinq sites de dernière génération ont vu le jour, représentant une capacité supplémentaire de 13Mhl/an et portant à quinze unités le parc de distilleries. Implantées au cœur des zones de production agricoles, elles travaillent en synergie avec les sucreries et amidonneries auxquelles elles sont souvent associées, formant ainsi un ensemble industriel solidement ancré dans les territoires qui contribue au tissu économique local et au maintien de l’emploi en zone rurale.

 

Première ou seconde génération ?

 

Grâce à la mobilisation de la filière et au soutien de ses partenaires (distributeurs de carburants, constructeurs, garagistes, associations d’automobilistes…), le bioéthanol a réalisé en 2017 l’objectif fixé par le Gouvernement français dans le cadre de ses engagements européens, soit 7 % de parts de marché en valeur énergétique. Prochaine étape: atteindre 10 % à l’horizon 2020.2

 

La poursuite de ce nouvel objectif a ouvert un débat qui oppose le bioéthanol de « première génération », issu de la betterave sucrière et de céréales, au bioéthanol de « seconde génération », produit à partir de biomasse cellulosique (déchets agricoles et forestiers, algues, végétaux…). Pour certains observateurs et décideurs publics, la « 2G » constituerait la voie à privilégier car elle utilise des ressources non alimentaires.

 

Or, cette technologie est encore loin d’être une réalité. Non seulement les process en sont toujours au stade expérimental à petite échelle et, de surcroît, cette technique est trois fois plus coûteuse que la voie traditionnelle. Sa généralisation entraînerait une baisse de compétitivité et nécessiterait un niveau d’investissements non tenable au regard de ceux qui ont été engagés au cours des dernières années.

 

En outre, l’opposition manichéenne entre ressources alimentaires et non alimentaires est loin d’être pertinente dans le contexte franco-européen. En effet, le bioéthanol de première génération « made in France » n’entre pas en concurrence avec les ressources alimentaires dans la mesure où il est fabriqué avec des résidus non consommables issus de la fabrication du sucre (mélasse, jus sucrés) ou de la transformation des céréales (amidon). De plus, la distillation des céréales délivre des coproduits utiles à la chaîne alimentaire : les drêches destinées aux animaux d’élevage. Ces aliments non OGM à haute teneur en protéines ont également l’avantage de réduire le recours à des aliments importés de pays tiers, comme les tourteaux de soja, souvent produits à partir de plantes OGM.

 

Quelle stratégie pour la France ?

 

Comme l’explique Jérôme Bignon, directeur de la Fédération nationale des coopératives de collecte et de transformation de la betterave, « l’objectif européen d’incorporation des biocarburants ne pourra pas être atteint si l’on compte uniquement sur le bioéthanol de deuxième génération : c’est désormais un fait acquis. » À titre d’alternative, le gouvernement français a récemment autorisé l’introduction de dérivés de l’huile de palme dans les biocarburants et envisage d’ouvrir le marché intérieur à l’éthanol brésilien…

 

« Cette vision est aussi paradoxale qu’incompréhensible dans la mesure où elle ampute notre pays d’un levier dont elle dispose d’ores et déjà avec le bioéthanol de première génération, commente Jérôme Bignon. En effet, l’éthanol issu de résidus de transformation a toute légitimité à être comptabilisé comme un éthanol avancé, au même titre que celui de seconde génération, car il est non consommateur de ressources alimentaires. Ainsi, au lieu de remplacer une génération de bioéthanol par une autre, il suffira de les additionner et de les développer conjointement pour réaliser l’objectif 2020. » Et cela sans recourir aux importations ni sacrifier l’outil industriel existant. CQFD…

 

Par ailleurs, les réalités géostratégiques de l’Europe incitent à examiner la question de l’affectation des matières premières avec plus de finesse. Par exemple, les pays situés au Nord du continent bénéficient d’immenses ressources forestières. « Dans ce contexte, les investissements en faveur des techniques avancées de valorisation des déchets forestiers se justifient pleinement, note Jérôme Bignon. Il en va de même pour les pays de l’Est, qui disposent d’une biomasse agricole abondante. » Quant à l’Ouest, son intérêt stratégique est de poursuivre la production d’éthanol de première génération car la région, France en tête, peut compter à la fois sur les performances de sa production agricole, sur la structuration de ses filières agro-industrielles et sur sa gestion maîtrisée des matières premières et de leurs coproduits.

 

Une vision d’autant plus pertinente qu’au plan environnemental, le bioéthanol made in France présente un bilan résolument favorable. Ainsi sur l’ensemble du cycle « du champ à la roue », le bioéthanol de première génération permet d’économiser jusqu’à 65 % d’émissions de CO2 par rapport aux énergies fossiles… et si on applique l’analyse de cycle sur les résidus de transformation, « le gain peut atteindre 80 % ! », conclut Jérôme Bignon.