Bilan environnemental des cultures énergétiques : A quels référentiels se vouer ?

La question des impacts environnementaux des cultures énergétiques en France ne peut se résumer à quelques chiffres “clés“. Si les bilans énergétiques ou GES (gaz à effet de serre) du bioéthanol sont considérés comme positifs – et encore améliorables – par la quasi totalité des experts, ils n’en sont pas moins contestés. Les raisons de ce doute sont à chercher dans les méthodes d’analyse, développées sur la base d’un consensus entre experts.

En attendant une actualisation de l’étude de l’Ademe, dont les résultats sont prévus pour septembre 2009, force est de constater que le débat autour du bilan environnemental des filières énergétiques issues de la biomasse n’est pas apaisé. Les Amis de la Terre Royaume-Uni viennent de publier une étude sur les agrocarburants utilisés au Royaume-Uni, qui aggraveraient le changement climatique. Quelques jours auparavant, eBIO, l’association des producteurs européens de bioéthanol, publiait un communiqué relatif à une étude de l’IEA Bioenergy sur les performances – remarquables – du carburant en matière de lutte contre les GES (gaz à effet de serre). Autre méthode, autres conclusions, diamétralement opposées…

Ces querelles de chiffres se révèlent stériles et surtout dangereuses, eu égard aux enjeux environnementaux mais aussi économiques et géostratégiques liés au développement de la filière bioéthanol. Au-delà des calculs, les experts (voir ci-dessous) soulignent l’importance des choix méthodologiques retenus, qui sont adaptés à l’objectif poursuivi par l’étude et doivent faire l’objet d’un consensus entre parties prenantes. En matière d’évaluation environnementale des filières, l’avancée la plus notable porte sur la définition et la mise en place d’un suivi sur des critères de durabilité des biocarburants dans le cadre de la directive européenne. La réflexion sur l’extension des critères est en cours dans diverses instances et fait même l’objet de processus de normalisation.



Afsanneh Lellahi
Afsaneh Lellahi, expert Environnement, Arvalis – Institut du végétal.   Etienne Poitrat.jpg
Etienne Poitrat, Département Bioressources (Direction des Energies renouvelables, des réseaux et des marchés énergétiques), ADEME.

« L’exemple de la bioraffinerie de blé (voir ci-dessous) montre de façon claire qu’il y a toujours des choix méthodologiques - résultant d’une interprétation des étapes constitutives de la filière - à effectuer pour évaluer les performances environnementales du bioéthanol. Si les choix faits dans les diverses études ont pu faire l’objet de discussion, le travail fait dans le cadre de l’écriture de la directive européenne énergie renouvelable d’une part, prolongé par le travail d’organismes comme le Comité européen de normalisation (CEN) sur les critères de durabilité des filières d’autre part, réduisent désormais les désaccords en proposant un cadre méthodologique adapté aux objectifs d’évaluation poursuivis. Il est par ailleurs important de noter que les filières biocarburants disposent de grosses marges de progrès tant sur la partie agricole que sur le process industriel pour continuer d’améliorer le bilan énergétique et gaz à effet de serre du biocarburant. »

 

« Au travers des études, nous visons non seulement à améliorer la connaissance des pouvoirs publics et des citoyens sur les biocarburants mais aussi à dégager un consensus sur les analyses de cycle de vie (ACV). Si ces analyses sont effectuées avec une extrême rigueur, leur marge d’incertitude et leur divergence peuvent rester relativement élevées, en raison du caractère variable des données et de l’état relatif de certaines de nos connaissances concernant par exemple la complexité du monde du vivant. Nous améliorons toutefois “réellement” sans à priori, la clarté du débat sur des questions aussi importantes que les énergies renouvelables. Il n’en reste pas moins qu’au sein des comités qui accompagnent nos études, des positions contradictoires se font jour, qu’il est parfois difficile d’intégrer. De ce point de vue, notre mission pédagogique reste empreinte de modestie… »



Zoom

Bilan énergétique : des choix méthodologiques décisifs

L’exemple d’une bioraffinerie de blé

Selon la méthode d’allocation employée, la répartition des impacts énergétiques et GES (gaz à effet de serre) entre l’éthanol (en bleu) et les drèches (en jaune) produits dans une bioraffinerie peut varier dans des proportions très importantes.

• Allocation massique : attribution des impacts au prorata de la masse respective des co-produits
• Allocation énergétique : attribution des impacts au prorata du contenu énergétique des co-produits
• Allocation économique : attribution des impacts au prorata de la valeur économique des co-produits
• Méthode des impacts évités (ou substitution) : par ex., impact du bioéthanol = impact total – impact
“évité“ par l’utilisation de drèches à la place de tourteaux de soja en alimentation animale

Dans le cas de la méthode des impacts évités, la répartition des impacts varie en fonction du cours des matières premières qui auraient été utilisées à la place des co-produits.

> Selon le choix effectué entre les différentes méthodes, l’impact attribué au bioéthanol varie quasiment du simple au double lors de cette étape du “cycle de vie”. Et les mêmes questions méthodologiques se posent à d’autres étapes, influençant donc de façon considérable le bilan énergétique et GES final du carburant et de ses co-produits.

En savoir +

  • Outre l’étude sur l’Elaboration d’un référentiel méthodologique pour la réalisation d’analyses de cycle de vie appliquées aux biocarburants de première génération en France (avril 2008), le site Internet de l’Ademe comporte de nombreuses informations sur les biocarburants.
  • A noter : l’e-mag de l’Agence consacrait son dossier de février 2009 à la mesure de l’impact environnemental des produits agricoles.


  • Arvalis – Institut du végétal met au point et diffuse des informations et des techniques permettant aux producteurs de céréales à paille, de protéagineux, de pomme de terre, de maïs et de fourrages, de s’adapter à l’évolution des marchés tout en respectant l’environnement. Site Internet : www.arvalisinstitutduvegetal.fr
  • A noter : des entretiens vidéo avec Afsaneh Lellahi sont disponibles sur le site : www.terre.tv

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