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Aux États-Unis, la quasi-totalité de l’essence aujourd’hui distribuée dans les 170 000 stations services du pays contient 10 % de bioéthanol (E10), carburant adapté à l’ensemble des quelque 230 millions d’automobiles qui composent le parc actuellement en circulation. Parallèlement, la solution flexfuel (véhicules adaptés au biocarburant E85 intégrant jusqu’à 85 % de bioéthanol) continue à progresser. En effet, 8 millions de voitures flexfuel sillonnent actuellement les routes et autoroutes, et les constructeurs stimulent le marché en proposant, chaque année, plus de trente nouveaux modèles aux automobilistes. Confirmant cette tendance de fond, les trois principales marques du marché, Chrysler, Ford et General Motors, se sont engagées à sortir la moitié de leurs nouveaux véhicules en version flexfuel dès 2012. Enfin, côté distribution, plus de 2 300 stations-service proposent du E85, et 300 stations supplémentaires sont équipées de pompes distribuant des mélanges comprenant 20, 30 ou 40 % de bioéthanol (E20, E30, E40), exclusivement utilisables par les véhicules flexfuel. Selon une étude diffusée par le US Department of Energy, la totalité du bioéthanol utilisé en carburation en 2009 aura permis de réduire de 16,5 millions de tonnes les émissions de gaz à effets de serre dans les transports. À titre indicatif, il aurait fallu retirer 2,7 millions de véhicules essence du parc pour atteindre un tel bilan sans incorporation d’éthanol. Des objectifs d’incorporation quantitatifsReconnue comme levier contribuant efficacement aux objectifs de réduction des émissions de CO2 du pays, l’incorporation de bioéthanol dans l’essence fait aux Etats-Unis, tout comme en Europe, l’objet de dispositions légales. Seule différence, là où la France et l’Europe raisonnent en termes de proportion (pourcentage de contenu énergétique), les États-Unis ont choisi de fixer des objectifs quantitatifs (volumes de biocarburants incorporés). Ainsi, selon les termes du Renewable Fuels Standard de 2007, tous les carburants destinés aux transports devront contenir, au minimum, 36 milliards de gallons (136 millions de m3) de carburants renouvelables avant 2022, soit un niveau d’incorporation d’environ 25 % relativement équivalent aux objectifs européens dans ce domaine (17 % en énergie en 2020). Si le bioéthanol consommé sur le marché américain est aujourd’hui produit quasi exclusivement à partir du maïs, une filière de production d’éthanol cellulosique se développe rapidement avec, notamment, un important soutien financier gouvernemental engagé sous l’administration Bush et confirmé par Barack Obama. En 2020, la part du bioéthanol de maïs ne devrait plus représenter que la moitié des volumes commercialisés. De plus, l’éthanol cellulosique présente un bilan intéressant en termes de réduction des gaz à effets de serre. Vers une nouvelle norme « E15 » ?Reste que le taux maximal d’incorporation de 10 % de bioéthanol dans l’essence, autorisé depuis 1979 et familièrement nommé « the blend wall », représentait un frein à la réalisation d’un tel objectif. C’est pourquoi les autorités américaines ont décidé de franchir ce « mur » symbolique en autorisant, depuis le 13 octobre 2010, la vente d’essence intégrant jusqu’à 15 % de bioéthanol (E15). Officiellement recommandé pour les voitures et petits utilitaires à partir du millésime 2007, le carburant E15 peut ainsi être immédiatement utilisé par 65 millions de véhicules, soit 28 % du parc. Et sans doute beaucoup plus car, comme le souligne le président de la Renewable Fuel Association (RFA), « plusieurs tests ont démontré que le E15 est opérationnel et sécurisé pour l’ensemble des véhicules légers. » De fait, la compatibilité des véhicules construits entre 2001 et 2006 fait l’objet d’une étude dont les résultats seront connus prochainement. À terme, le E15 devrait progressivement se substituer au E10 en tant que carburant standard sur le marché américain. Un ensemble de dispositions incitativesCette marche en avant est le fruit d’un ensemble de lois et réglementations fédérales (niveau national) complétées par des dispositions définies au niveau de chaque État. La législation en la matière remonte au Clean Air Act de 1970 qui, amendé en 1990, établit les premiers objectifs de réduction de l’exposition humaine et environnementale aux polluants générés dans les transports. À l’issue d’une phase d’études et de recensement des énergies alternatives disponibles, la norme E10 entre en vigueur dès 1979. En 1992, le gouvernement américain associe pour la première fois les biocarburants à sa stratégie énergétique, faisant du bioéthanol l’un des principaux leviers de réduction de la dépendance du pays en matière d’importation de pétrole. De fait, la production et la consommation de 10,75 milliards de gallons de bioéthanol en 2009 ont conduit à une réduction des importations de pétrole à hauteur de 364 millions de barils représentant une économie de 21,3 milliards de dollars. Nouvelle étape importante : l’Energy Independance and Security Act fixe, en 2007, le premier objectif quantifié d’incorporation (Renewable Fuel Standard), actuellement en vigueur, de 36 millions de gallons avant 2022. Grâce à cet objectif, les quantités de biocarburants consommés ont été multipliées par trois en 2010 par rapport à 2006. À travers les différentes motorisations concernées (essence, flexfuel, hybride flexfuel/électrique, biodiesel…), 78 % des carburants actuellement consommés en contiennent un certain pourcentage. La montée en puissance du E15 permettra d’accentuer cette dynamique, confirmant ainsi le rôle prépondérant du bioéthanol dans la stratégie énergétique des États-Unis. Un vision pionnière et volontariste que certains États membres de l’Union européenne pourraient bientôt partager en lançant, à leur tour, le E15 sur leur marché intérieur.
Sources : Renewable Fuels Association, Energy Information Administration, US Department of Energy, AFP, Chemical & Engineering News. |